1. Introduction :


    Les orchidées sont les végétaux dont les fleurs sont les plus perfectionnées pour attirer leurs insectes pollinisateurs, tant par leurs formes que par leurs odeurs. Ces fleurs hautement séductrices ont développé de nombreuses stratégies : certaines imitent des insectes, des fausses fleurs ou des matières en voie de décomposition, d’autres offrent à leurs pollinisateurs un toit pour dormir ; il y en a également qui produisent des parfums dont les insectes vont pouvoir se couvrir pour séduire leurs partenaires naturels. Enfin il y a celles qui vont jusqu'à droguer leurs pollinisateurs pour mieux les abuser.
    En plus d’être attractives par leur forme ou par leur odeur, certaines sont aussi patientes car elles peuvent rester épanouies jusqu'à ce qu’un insecte leur rende visite.
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  2. Darwin :


    Il faut savoir que c’est Charles Darwin qui découvrit en 1850, à Madagascar, l’Angraecum sesquipedale, appelé par les Malgaches « étoile de Madagascar ou de Bethléem ». Son parfum très prononcé rappelle celui du lys.
    Il se demanda alors quel insecte pouvait assurer la pollinisation de cette fleur qui n’est odorante que la nuit et munie d’un éperon de 30 cm. Ce n’est que 50 ans plus tard qu’on découvrit un papillon nocturne qu'on baptisa Xanthopan morgani praedicta (en rapport avec la prédiction de Darwin). Ce papillon est muni d’une trompe enroulée en spirale au dessus de sa tête qu’il déploie dans l’Angraecum.
    angraecum sesquipedale
  3. Imitation par la fleur et par l’odeur :


    • Les Ophrys
      Les Ophrys attirent les abeilles, les guêpes et les bourdons car leurs labelles ressemblent étrangement à un insecte.
      Chaque espèce d’Ophrys attire une seule espèce d’insecte et toujours des mâles car, lorsqu’ils s’approchent d’une fleur, ils la confondent avec une partenaire naturelle. Ils se posent alors dessus et cherchent à copuler. C’est ainsi que, dans leurs soubresauts amoureux, leur tête heurte les pollinies qui se collent sur leur tête ou abdomen, mais vu la réaction de la partenaire ils s’en vont alors sur une autre, et c’est là que la pollinisation se fait.
      En plus d’imiter les guêpes femelles, les Ophrys ont une odeur semblable à celle dégagée par les hormones sexuelles (phéromones) de ces insectes. La nature est tellement bien faite que l’émission de cette phéromone végétale est « programmée » quelques jours avant celles des guêpes femelles, de telle sorte que les mâles aillent sur les orchidées plutôt qu’avec une guêpe.
      ophrys apifera
    • Les Trichoceros
      Voici une autre orchidée, Trichoceros imitant un autre insecte : une mouche femelle. On la trouve au Pérou.
    • Les Paphiopedilum
      Les Paphiopedilum sont, quant à eux, bordés de poils sur leurs pétales et cette pilosité s’accompagne souvent d’étranges taches en relief, ce qui attire alors des syrphes qui croient y voir des colonies de pucerons, du coup, en essayant de les dévorer, l’orchidée sera pollinisée.
      Paphiopedilum glanduliferum
    • Les Bulbophyllum
      Voyons maintenant les Bulbophyllums qui émettent un parfum plutôt désagréable, enfin, pas pour tout le monde puisqu’ils attirent des mouches avec leurs senteurs de viande en putréfaction. En plus de ce parfum immonde, ils imitent avec leurs labelles rouges parsemés de taches blanches de la viande recouverte d’asticots.
      bulbophyllum saltatorium
    • Epidendrum radicans
      Les orchidées ne se contentent pas seulement d’imiter un insecte ou une odeur. Celle que je vais vous présenter est étonnante :
      L’Epidendrum radicans imite parfaitement une autre espèce de fleurs mais ce n’est pas une orchidée : il s'agit de l’Asclepias curassavica qui produit du nectar contrairement à l’Epidendrum. Les papillons monarque sont trompés et assurent alors la pollinisation des Epidendrum.
      epidendrum radicans
  4. Pollinisation « violente » et abusive :


    Dans cette partie, nous allons voir des orchidées qui ont une méthode assez violente pour être fécondées.
    • Les Drakaea
      L’orchidée marteau, Drakaea elastica, poussant dans les prairies sèches d’Australie du Sud, attire des guêpes. Tandis que les guêpes mâles volent, les femelles, elles, n’ont pas d’ailes et vivent alors dans le sol. Juste après la sortie des guêpes mâles et juste avant celle des femelles, cette orchidée se décide très stratégiquement à fleurir et son labelle imite parfaitement la guêpe ainsi que son odeur. Ce « leurre » est fixé au bout d’un bras articulé de 5 à 6 cm de long. Le mâle croyant y voir une femelle, enserre le labelle puis essaye de s’envoler, mais le bras articulé qui le retient décrit un arc de cercle projetant l’insecte au cœur de la fleur où se trouve le pollen. Dépité et surtout à moitié assommé le mâle lâche prise et s’envole ainsi vers une autre orchidée.
    • Les Catasetum
      Les Catasetum, de leur côté, attirent les bourdons et si l’on vient de voir que l’orchidée marteau était « violente » le Catasetum lui, l’est beaucoup plus. La fleur possède un mécanisme qui au moindre attouchement catapulte son pollen sur la tête de l’insecte. Ce sont les insectes mâles de l’espèce Eulaema bombiformis qui affrontent ce danger. Les Catasetum attirent également un autre insecte, Eulaema nigra, qui lui est moins bête que les premiers car il ne fait qu’effleurer cette catapulte. Tous deux se chargent dans leur passage au cœur de cette plante d’une substance à forte odeur de menthe qui leur servira à séduire leurs partenaires naturelles.
      catasetum Orchid Flamme
    • Les Coryanthes
      Les Coryanthes sont une source importante de parfum pour les insectes mâles du genre Euglosse. Le labelle de cette orchidée se présente comme un baquet surmonté de deux protubérances qui laissent échapper des gouttes d’un liquide sucré et très odorant. Les insectes, attirés par cette odeur, cherchent à y tremper leurs pattes ; ces orchidées attirent tellement d’insectes lorsqu’elles sont en pleine floraison qu’ils finissent par s’entrechoquer et tombent alors dans le petit baquet où beaucoup y meurent noyés. Ceux qui survivent découvrent à l’arrière du baquet des poils ; ils s’y agrippent et atteignent une sorte de couloir ressemblant à une sortie. Hélas non ! Le cauchemar continue, la plante déclenche un mécanisme qui resserre les parois de ce couloir pour y déposer son pollen sur le thorax de l’animal, et si après tout ce parcours il en ressort vivant cela ne l’empêchera pas de retourner vers une autre fleur où cette fois ci un crochet lui arrachera le pollen qu’il a tant bien que mal réussi à acheminer jusque là.
      coryanthes macrantha
    • Les Stanhopea
      Le Stanhopea, orchidée du Guatemala, émet un parfum tellement puissant qu’il attire les Eufriesia qui, complètement enivrés, se mettent à tituber et finissent par glisser sur le labelle ressemblant à un toboggan. Pendant leur descente, ils se couvrent alors de pollen qu’ils déposeront dans une autre fleur une fois leurs esprits retrouvés.
      stanhopea waedii
  5. Autres procédés :


    Parlons maintenant des orchidées qui proposent le gîte à leurs pollinisateurs. Les fleurs de la Serapias lingua servent de dortoirs à des petites mouches où elles passeront la nuit avant de s’envoler au petit matin couvertes de pollen.
    serapias lingua
    Encore plus étonnant, les Maxillaria offrent à leurs hôtes des matériaux pour la construction de leurs nids. Ces orchidées sécrètent une sorte de colle que les insectes malaxent avec des brindilles pour en fabriquer leurs abris. Mais parfois ces malheureux restent collés dans cette résine ; c’est alors qu’en se débattant ils touchent les pollinies et les transportent sur d’autres fleurs.
    maxillaria elatior
    Il faut savoir que dès que ces merveilleuses fleurs reçoivent la visite d’un insecte, elles sont alors fécondées et, malheureusement pour nous, fanent aussitôt.