1. Origine et descriptif du genre Calanthe :


    • Le nom :
      Il est formé des racines grecques kalos(belle) et anthos(fleur) . Il s’agit donc d’une « belle fleur » . C’est devenu un prénom féminin anglais , porté par l’héroïne de la tragédie de John Ford "The Broken Heart," publiée en 1633 .
    • Description :
      Bien que quelques unes soient lithophytes ou épiphytes, la plupart des espèces sont surtout terrestres.
      Elles peuvent avoir des pseudo-bulbes serrés ou espacés le long du rhizome avec une à six feuilles plicatives, de grande taille comparée à celle des pseudobulbes .
      L'inflorescence se fait à la base d'un pseudo-bulbe et dure de 2 à 4 semaines. Elle peut atteindre jusqu'à 1m , érigée ou arquée. Les fleurs élégantes et légèrement parfumées sont souvent grandes, au nombre de 1 à 20 ou plus.
      On distingue trois grandes sections :
      * si les feuilles tombent dès la première année : section Preptanthe
      * si elles tiennent plus d’un an et que :
      - les bractées florales persistent après que les fleurs soient fanées : section Calanthe
      - les bractées tombent avant l’épanouissement complet des fleurs : section Styloglossum
    • Distribution :
      Le genre Calanthe renferme environ 180 à 200 espèces différentes, réparties du sud-est asiatique jusqu'en Chine et aux îles du Pacifique (Vanuatu) , englobant tout le pourtour du Pacifique nord et l’Australie. Du fait de cette diversité géographique, certaines vivent dans les forêts chaudes en bord de mer, d'autres en altitude, notamment dans l'Himalaya du niveau de la mer à 2600m. Il est fortement recommandé de connaître l'origine de la plante lors de son achat.
      Une seule espèce américaine (Calanthe calanthoides) du Mexique à la Bolivie et les Caraïbes .
      Une seule espèce africaine (Calanthe sylvatica) qui va jusqu’aux Philippines . Le cœur de la répartition se situe en Indonésie .
    • Historique :
      La première description semble être celle de Thouars en 1809 pour Alismorkis centrosis , qu’il rebaptise Centrosis sylvatica en 1822 dans ses Orchidées africaines. Le nom Calanthe est introduit en 1821 par Robert Brown dans le (Edward’s) Botanical Register . En 1845 , certaines furent classées dans le genre Ghiesbreghtia .
      La première hybridation d’orchidées réussie fut celle réalisée en 1853 par Mr Dominy (maison Veitch) entre Calanthe furcata et Calanthe masuca (maintenant Calanthe sylvatica x triplicata) . Elle donna Calanthe x Dominyi qui fleurit pour la première fois en 1856 . En analysant la plante fleurie , Lindley s’écrit : »Vous allez rendre les botanistes fous ! ».
      Sur le graphique suivant , nous avons porté les espèces découvertes dans des intervalles de 10 ans depuis 1800 .
       Annees
      On constate que :
      • La grande majorité des Calanthe sont décrites entre 1900 et 1914 , suite aux conquêtes coloniales
      • Il n’en est pratiquement pas de décrite entre 1914 et 1920 , la guerre n’est pas propice à la botanique !
      • Les découvertes sont quasi inexistantes pendant l’occupation japonaise et la décolonisation .
        Elles reprennent en fin de siècle dernier suite aux recherches en ethnopharmacologie et aux inventaires de biodiversité .
      • Il faut se méfier des pics pour les années 1833 et 1855 qui correspondent en fait à la publication des livres de Lindley : The genera and spicies of orchideous plants (1833) et les Botanical Register .
    • Ethnobotanique :
      Une infusion était utilisée pour traiter les maladies infectieuses .
    • Particularités botaniques :
      Les pollinies sont fragmentées en 8 masses adnées au rétinacle (c’est à dire sans caudicule)
      Les ovules peuvent produire des embryons sans fécondation (apomixie), ce qui donne alors d’importantes populations de clones .
      Des mini-plantules peuvent se former sur les pseudo-bulbes , ce qui permet une reproduction végétative .
      Chez Calanthe cleistogamum , selon les conditions climatiques , les fleurs peuvent s’ouvrir (chasmogamie) ou rester fermées (cleistogamie et donc autofécondation) . Mais que la fleur soit fécondée par chasmogamie ou cleistogamie , les plantes obtenues par germination pourront donner des fleurs chasmogames ou cleistogames selon les conditions .
      Chez Calanthe discolor , la germination des graines est difficile . On peut les aider en les passant aux ultrasons quelques instants.
  2. Culture des Calanthe :


    • Support et substrat :
      Bien que l'on puisse les cultiver sur plaque, il est largement préférable de les mettre en pots larges (des coupes car les racines s’étalent superficiellement) avec une couche de drainage au fond du pot car elles nécessitent de copieux arrosages durant la période de végétation. On peut former un bon compost à base de tourbe fibreuse et de sable de rivière en quantité égale et en y ajoutant un peu d'écorce de pin et de vermiculite. Certains préconisent de la bouse de vache séchée en fond de pot pour éviter les engrais . On peut aussi ajouter un peu de terreau de feuilles .
    • Température :
      Les espèces vivaces (qui ne perdent pas leurs feuilles à l’automne) ne demandent qu’un léger repos peu marqué . Elles sont cultivées vers 21°C la journée , et la température ne doit pas descendre en dessous de 15°C la nuit . Pour celles qui sont caduques , après la floraison , il faut respecter environ 3 mois de repos vers 12 à 15°C . Attention en été de ne pas laisser la température trop monter car les larges feuilles transpirent beaucoup , et la plante risque la déshydratation . Il faut alors arroser beaucoup autour des plantes pour maintenir une température aussi faible que possible et une forte hygrométrie .
    • Lumière :
      Elle doit être de 10.000 à 20.000 lux, ce qui correspond à une lumière tamisée, mais sans soleil direct, sauf en hiver.
    • Arrosage :
      Ils se font à l’eau de pluie , abondamment et régulièrement pendant la croissance, un peu moins fréquemment à l’automne et en hiver. Les espèces à feuilles caduques doivent être tenues au sec pour le repos hivernal , après la chute des feuilles et la défloraison . Comme pour les autres orchidées il ne faut pas laisser d'eau à la base du pot ni surtout dans le coeur des feuilles.
    • Hygrométrie et aération :
      L’hygrométrie optimale est de 50 à 80 % . Une bonne ventilation est fortement conseillée, pour éviter la pourriture due au fort taux d’humidite. Mais elles supportent mal les courants d’air . Il ne faut pas les placer près des aérations . Il faut augmenter l’hygrométrie en période de forte chaleur pour éviter la déshydratation des feuilles tendres . Ne pas brumiser sur les feuilles qui sont sensibles aux attaques de pourriture si elles ne sèchent pas très rapidement .
    • Fertilisation :
      Ces plantes sont assez gourmandes . Fertiliser à mi-dose à chaque arrosage ; ou à dose normale toutes les 2 semaines, en intercalant un rinçage sans engrais une fois sur 3 . En hiver l’apport d’engrais doit être supprimé.
    • Rempotage :
      Il doit se faire tous les deux ans environ .
      Pour effectuer un rempotage il est préférable d'attendre la fin de la floraison et le début de la reprise de la végétation (apparition des nouvelles racines , souvent vers la mi-février).
    • Sortie à l’extérieur :
      Quelques unes sont réputées pouvoir passer l’hiver dehors si elles sont bien paillées , mais nous n’avons pas tenté l’expérience (Calanthe striata , tricarinata , discolor , alpina , nipponica). Les autres apprécient de sortir de juin à septembre .
  3. Quelques espèces :


    Nous vous présentons ici quelques espèces que nous avons rencontré lors des expositions récentes , et donc que vous êtes susceptibles de vous procurer aisément :
    • Calanthe argenteostriata
      Décrite en 1981 par Tang et Cheng . On la trouve du sud-est de la Chine (Yunnan et Guangdong) au Vietnam
       Calanthe argenteostriata
    • Calanthe rosea
      Décrite en 1880 par Lindley . Elle se rencontre en Birmanie et Thaïlande . Espèce terrestre à feuilles caduque, elle atteint 40 cm . Elle fleurit après la chute des feuilles (pour les fêtes de fin d’année) . Je l’ai cultivée avec succès en maison pendant 3 ou 4 ans .
       Calanthe rosea
    • Calanthe striata
      (syn : Calanthe sieboldii ) On la trouve en Corée , au Japon et à Taïwan C’est une vivace , terrestre , qui atteint 50 cm et qui supporte un peu plus d’ombre , mais qui pourrit facilement !
       Calanthe striata
    • Calanthe vestita
      Très répandue dans l’Asie du sud-est , de l’ancienne Indochine à la Malaisie et jusqu’en Nouvelle Guinée . Cest une terrestre mais qui peut aussi être épiphyte et lithophyte , on peut donc la cultiver sur plaque . Ses feuilles caduques (Preptanthe) atteignent 60 cm avec une inflorescence arquée de 1 m . On la trouve dans les forêts claires aux alentours de 1000 m . Floraison hivernale .
       Calanthe vestita
    • Calanthe Baron Schroeder
      Nous ne résistons pas au plaisir de vous montrer ce splendide hybride qui était exposé au Jardin du Luxembourg lors de l'exposition de février 2010 :
       Calanthe hybride
Cet exposé a été réalisé par Philippe , et présenté lors de la réunion d’avril 2010 à la section de Sainte Savine (Aube).
Et maintenant, bonne culture à tous. PHILIPPE.