1. Présentation :
    • C'était la mauvaise saison!
      Octobre Novembre en Australie est le début du printemps. La saison sèche s’achève pour laisser la place à la « wet ». Pendant la saison sèche, une grande partie de la végétation se met en sommeil, même si l’hiver là bas n’est pas vraiment froid, sauf en montagne. Nous avons visité successivement les régions de Perth, le centre rouge, Darwin, Cairns, Sydney, les Blue Mountains, Canberra, les Snowy Mountains, la Tasmanie et Melbourne. Ce sens était prévu pour permettre au printemps de s’installer au sud. Malheureusement, suite à l’évolution du climat, la saison sèche à été anormalement sèche et prolongée (certaines régions n’ont reçu en septembre octobre que 10% de leur « ration d’eau » normale), ce qui a retardé les floraisons d’autant. Nous avons donc été assez déçus car il n’y a guère que dans la région de Perth (qui a eu une pluviométrie normale) que nous avons pu avoir un éventail assez large de floraison d’orchidées. Il aurait fallu y être pour Noël ou janvier cette année.
    • Orchidées terrestres et épiphytes
      C’est au nord et nord-est de l’Australie qu’il fait le plus chaud, et la saison humide est particulièrement arrosée, ce sont donc les conditions idéales pour les épiphytes. On les rencontre donc surtout sur la frange littorale de Darwin à Brisbane, presque uniquement dans la forêt tropicale humide. Mais la plupart sont à la recherche de la lumière. Elles forment alors une couverture sur les branches très hautes, beaucoup trop hautes pour être photographiées. Restent « à portée de Canon » celles qui acceptent de vivre avec très peu de lumière, essentiellement des Bulbophyllum qui majoritairement fleurissent plus tard en saison. Bref, on ne voit que des feuilles, ou on aperçoit des fleurs très haut dans les arbres.
      Une série de « montagnes » (le plus haut sommet ne fait que 2230 m) longe la côte est et forme un barrage à l’entrée des pluies vers l’intérieur qui est donc très sec, trop sec pour les épiphytes. On n’y trouve que quelques orchidées terrestres adaptées à ces conditions particulières.
      Toute la partie sud-ouest non désertique est naturellement couverte de bush, une végétation de type savane d’eucalyptus sujette régulièrement à des incendies ravageurs. Ces incendies détruisent les épiphytes qui ne peuvent pas se maintenir dans le bush, mais peuvent favoriser les orchidées terrestres qui voient ainsi leur horizon se dégager et qui accèdent à plus de lumière. Un certain nombre d’espèces ne fleurissent même qu’après ces incendies.
  2. Quelques genres d’orchidées terrestres:
    • Généralités :
      Un certain nombre de genres d’orchidées australiennes sont endémiques, c'est-à-dire qu’on ne les trouve que dans ce pays qui est aux dimensions d’un continent. Mais vu l’étendue du pays avec d’énormes surfaces couvertes par une végétation semblable, il a fini par se créer un grand nombre d’espèces qui ne diffèrent que par des caractères pas facilement discernables. Il est souvent très difficile d’assurer une identification sur le terrain, et elle reste souvent incertaine.
    • Genre Microtis:
      Les anglo-saxons désignent sous le nom d’orchidée oignon les espèces des genres Microtis, Hydrorchis et Microtidium caractérisés par une unique feuille charnue cylindrique d’où émerge la hampe florale. L’épi est composé de toutes petites fleurs vertes. Dans le Royal Botanical Garden de Perth, on trouve Microtis alba qui abonde dans les plates bandes latéritiques, à l’ombre des grands eucalyptus, et qu’on prendrait volontiers pour une mauvaise herbe.
      Microtis alba
      Dans le Queensland, c’est Microtis arenaria qu’on trouve dans des milieux un peu plus humifères. Je l’ai trouvé dans les plates bandes du triangle parlementaire de Canberra, où il poussait avec une autre espèce plus tardive que je n’ai pu identifier car elle n’était pas encore épanouie.
      Microtis arenaria
    • Genre Thelymitra :
      Genre renfermant une centaine d’espèces dont 85 en Australie. Surtout bleues, elles présentent un lobe post-anthère proéminent, généralement jaune et bien visible. L’extrémité de la colonne est plus ou moins chevelue. La colonne porte deux ailes latérales formant un ensemble en forme de cupule verticale. Le nom de Sun Orchids vient du fait que les fleurs se referment la nuit et ne s’ouvrent complètement qu’en plein soleil. Vers Cap Naturaliste, on trouve facilement Thelymitra vulgaris en sol sablonneux provenant de la décomposition des grès.
      Thelymitra vulgaris
      J’en ai vu deux autres espèces, l’une dans le bush près de Bridgetown, l’autre sur les versants de Afventure Bay sur Bruny Island (Tasmanie), mais elles n’étaient pas assez épanouies pour être identifiables.
      Thelymitra Thelymitra
    • Genre Elythranthera :
      Nommées Enamel Orchids (orchidées émail) car leurs 5 pièces florales très semblables sont cireuses, on les dirait émaillées. Le tout petit labelle porte deux grands cals. Il renferme seulement deux espèces, endémiques de l’Australie Occidentale, que j’ai croisées vers Cap naturaliste sur sol sablonneux extrêmement drainant :
      On trouve Elythranthera brunonis en plein soleil :
      Elythranthera brunonis
      Elythranthera emarginata est un peu plus tardive. Elle se rencontre dans les mêmes milieux mais un peu plus humide et à l’ombre des bosquets :
      Elythranthera emarginata
    • Genre Diuris :
      Dénommées Donkey Orchids à cause des pétales latéraux qui font penser à des oreilles d’âne ! 65 espèces décrites, endémiques de l’Australie et une du Timor. Les fleurs sont majoritairement jaunes, assez grandes et très variables, ce qui rend l’identification très difficile. On les rencontre en sous bois sur sables granitiques dans les régions à hivers très humides. Ici Diuris corymbosa rencontrée près de Margareth River :
      Diuris corymbosa
    • Genre Caladenia :
      Genre comportant au moins 240 espèces réparties de Java à l’ensemble du Pacifique. Les plantes ont une unique feuille basale velue, une tige très fine portant 2 à 3 fleurs assez grandes, avec 5 tépales assez semblables et un labelle trilobé peu développé, les lobes latéraux bien dressés, le lobe médian portant des dents et de nombreux cals très développés.
      Les espèces à fleurs roses ou violettes sont dénommées Fairy Orchids (orchidées fée) à cause de leur élégance. Dans les forêts d’eucalyptus de tout le sud de l’Australie, on trouve Caladenia latifolia qui pousse en colonies lâches dans les forêts claires.
      Caladenia latifolia
      Les espèces à fleurs jaunes sont appelées Cowslip Orchids ( à vous de traduire, par ex orchidées slip de vache ou orchidées vache de slip!) . Caladenia flava se rencontre dans les forêts d’eucalyptus comportant beaucoup d’humus de l’ouest de l’Australie :
      Caladenia flava
    • Genre Linguella :
      L’alliance des « Greenhood Orchids » (Orchidées capuchon ou cagoule) renferme des genres dont les fleurs ont les cinq tépales soudés en un capuchon et seul le labelle est distinct. Les sépales érigées ferment partiellement la cavité. 8 genres sont regroupés dans cette alliance, les principaux étant Diplodium, Linguella, Pterostylis et enfin Speculantha, dont 30 espèces dans le genre Linguella qui ont les feuilles rassemblées en rosette basale. Le labelle minuscule n’est pas toujours apparent. Linguella dilatata est la plus fréquente en forêts très couvertes.
      Linguella dilatata
    • Genre Cyrtostylis :
      Ce sont les Gnat Orchids (orchidées moucheron) qui regroupent 6 espèces de petites orchidées de forêt sombre et sèche. Une grande feuille basale. Ils constituent souvent des colonies assez denses car ce sont des plantes drageonnantes. Ici Cyrtostylis reniformis en forêt d’eucalyptus vers Albany.
      Cyrtostylis reniformis
    • Genre Arachnorchis :
      Les Spider Orchids (Orchidées araignée) regroupe environ 140 espèces très proches des Caladenia mais de «type araignée », c'est-à-dire avec des tépales très effilés. L’espèce présentée n’a pu être identifiée car pas assez ouverte. Elle pousse en milieu très sombre, sur sol sablonneux granitique très humide.
      Arachnorchis
    • Genre Cryptostylis :
      Le genre Cryptostylis regroupe les Tongue Orchids (orchidées langue) en allusion à la forme du labelle. Il renferme une vingtaine d’espèces aux feuilles persistantes ressemblant à des feuilles de laurier.
      Cryptostylis subulata est assez abondant en bordure de forêt chaude au sommet des Blue Mountains. Sur sol très drainant schisteux.
      Cryptostylis subulata
      Dans les mêmes forêts mais un peu plus à l’ombre, on trouve Cryptostylis erecta :
      Cryptostylis erecta
    • Genre Calochilus :
      Le genre Calochilus ou Beard Orchids (orchidées barbues) renferme environ 30 espèces au labelle très poilu, la plante elle-même ressemblant aux Microtis. Ici Calochilus robertsonii rencontré en bordure du canyon des Blues Mountains, sur sol calcaire avec très peu d’humus :
      Calochilus robertsonii
    • Genre Gastrodia :
      Le genre Gastrodia ou Potato Orchids renferme environ 35 espèces de plantes aux fleurs tubulaires, à tubercule mais sans feuille ni chlorophylle. Elles restent donc totalement dépendante de leur champignon. Gastrodia procera se rencontre dans les bordures pleines d’humus des jardins de Canberra.
      Gastrodia procera
    • Genre Stegostyla :
      Stegostyla ou Cap Orchids comporte 30 espèces très proches des Caladenia, dont 18 se rencontrent en Australie. Les pétales et sépales sont très semblables, sauf le sépale supérieur rabattu en capuchon. Le labelle très courbé vers le bas présente de très nombreux cals colorés en forme d’épingle et alignés.
      Stegostyla alpina se rencontre dans les prairies alpines des Snowy Mountains, en plein soleil et au vent. Le sol est assez meuble, bien drainant mais nutritif sans être lourd. Je n’en ai trouvé que des pieds portant une seule fleur.
      Stegostyla alpina
      Stegostyla cracens est limité à la Tasmanie, dans les forêts les plus élevées, sur sol sableux ou on le trouve en groupes assez importants. On est ici en pleine forêt « nébuleuse » avec un taux d’humidité énorme car il tombe 3,6 m d’eau par an.
      Stegostyla cracens
    • Genre Prasophyllum :
      Le genre Prasophyllum ou Leek Orchids (Orchidées poireau) comporte environ 150 espèces, 102 seulement décrites. Les sépales latéraux sont soudés comme pour les Paphiopedilum. En Tasmanie, on trouve Prasophyllum australe dans les sous bois de Bruny Island. Ce sont des plantes qui fleurissent bien mieux après les incendies.
      Prasophyllum australe
  3. Quelques genres d’orchidées épiphytes et lithophytes :
    • Genre Hymeneria:
      Le genre Hymeneria ou Fuzz Orchids (orchidées duveteuses) comporte environ 50 espèces de plantes aux épais pseudo-bulbes portant 3 ou 4 feuilles lancéolées à l’apex, dont émerge la hampe florale. Une seule se trouve en Australie : Hymeneria fitzalanii . Elle vit vers 3 à 4 m de haut dans la forêt tropicale pluvieuse, ce qui permet de la voir !
      Hymeneria fitzalanii
    • Genre Dendrobium:
      Ce genre bien connu des orchidophiles a été récemment scindé en s’appuyant sur les anciennes sections plus ou moins remaniées. On peut donc distinguer :
      • Ceratobium d’albertisii (anciennement Dendrobium antennatum) se rencontre sur la canopée des forêts tropicales humides de la côte est de la Péninsule du Cap York. Totalement inaccessible, la photo a été prise au Royal Botanical Garden de Darwin.
        Ceratobium d’albertisii
      • Vappodes phalaenopsis (anciennement Dendrobium phalaenopsis) vit a peu près dans les mêmes conditions. Je l’ai aperçu dans les branches élevées de la forêt au sommet du Mount Kootaloo de l’ile de Dunk. On pouvait apercevoir quelques fleurs roses avec des jumelles, mais parterre était tombée une branche d’arbre qui portait un spécimen non fleuri d’au moins 10 kg ! De tels morceaux sont régulièrement ramassés (ou cueillis) par les australiens qui les installent sur les troncs des arbres dans leur jardin. En discutant avec un jardinier, il m’a dit les arroser deux fois par jour été comme hiver alors qu’avec l’alternance saison sèche/saison humide, on aurait pu penser que de tels arrosages ne devraient pas avoir lieu une partie de l’année.
        Vappodes phalaenopsis Vappodes phalaenopsis
      • Thelychiton kingianus (anciennement Dendrobium kingianum) est exclusivement lithophyte. Dans un parc naturel de Cairns, des rangers m’ont indiqué un site dans la « montagne » de l’arrière pays (Atherton Tableland) où on peut trouver des orchidées en pagaille. Elles auraient dues être en fleurs, mais comme précisé plus haut, la saison était en retard. Après trois heures de montée harassante (pente très raide et glissante), nous avons bien trouvé le site. Il y avait des orchidées partout, mais pas une fleur. Alors qu’en bas , à Cairns, il faisait 35°C sous un soleil de plomb, on pelait de froid là haut (1000 m) avec 12° seulement, un vent glacial et un brouillard qui traverse vos vêtements en un quart d’heure. Moralité, n’ayez pas peur de faire souffrir ce « Dendrobium ». Les Thelychiton kingianus formaient de belles touffes sur le rebord pentu mais non vertical de gros rognons de granite rugueux. Et dans les arbres environnants, il y avait Tetrabaculum tetragonum en abondance avec des tas de Bulbophyllum et des Sarcochilus. Bref, de quoi donner envie de revenir à une saison plus tardive.
        Thelychiton tetragonum