De l'importance des composts


On appelle «compost» le substrat dans lequel les orchidées sont cultivées lorsqu'elles sont en pots (ou en paniers). Cela n'a rien à voir avec le «compost» du jardin, terme qui tend à remplacer l'expression «tas de fumier» mais qui, dans la pratique, lui correspond souvent !
Les composts à orchidées n'attirent habituellement pas l'attention des orchidophiles, et je crois que c'est dommage car c'est un élément très important de la culture bien plus important que l'hygrométrie ambiante dont on fait pourtant grand cas, et bien plus facile à modifier par surcroît.
J'ai longtemps utilisé un compost classique du commerce, qui comprenait des écorces de pins, des billes d'argile expansée, des fragments de polystyrène expansé et de mousse de polyuréthane. Le seul paramètre qui variait était la granulométrie : plus fin, il retenait plus l'eau, plus gros, il laissait une meilleure aération aux racines et convenait théoriquement mieux aux plantes à grosses racines (Phalœnopsis, Vanda, etc.), du moins lorsqu'elles étaient adultes.
Ce mélange a un avantage : une bonne sécurité due à son très faible pouvoir rétenteur d'eau et sa dégradation lente. Comme le plus rapide moyen de faire périr une orchidée est la destruction des racines par excès d'eau, c'est un atout. Il est habituellement beaucoup plus difficile de les faire mourir de soif. Beaucoup d'orchidophiles débordant d'amour pour leurs protégées les arrosent trop souvent, sans compter les étourdis qui oublient de vider soigneusement les cache-pots de l'eau qu'ils retiennent.
Mais il a aussi des inconvénients, en tout cas pour moi. Disposant de peu de temps et parfois de peu d'eau, puisque j'utilise uniquement l'eau de pluie et n'ai que peu de réserves, j'arrose assez rarement, et mes plantes en souffraient : feuillages gaufrés, pseudobulbes de plus en plus petits, développement anormalement faible se constataient sur plusieurs plantes. D'autre part, je mettais encore plus rarement de l'engrais, car il faut beaucoup d'eau (arrosage deux jours avant et deux jours après), et... de suite dans les idées ! Déjà que j'ai du mal à me mobiliser pour un arrosage, alors trois à deux jours d'intervalle...
De plus les plantes ne semblaient pas tellement en profiter. J'ai utilisé les granulés Osmocotte, sans remarquer de changements notables (mais pas de toxicité non plus, c'est déjà cela). La très grande majorité de mes plantes fleurissaient néanmoins régulièrement et normalement, malgré une végétation plutôt chétive. J'ai acquis quelques complexes de ce point de vue à force de voir à l'association les plantes des autres membres, souvent nettement plus luxuriantes (sans être nécessairement plus florifères).
Alors quand nous avons disposé de nouveaux produits comme l'organisol et le sphagnum à un prix raisonnable, j'ai cherché à mettre au point un mélange qui serait plus adapté pour moi.

Mes solutions


Après quelques essais, j'ai trouvé que le mélange organisol-sphagnum avait l'air encore plus «séchant» que le précédent, d'autant que le sphagnum disparaissait assez rapidement (deux ans) alors que l'organisol change peu. Egalement dans le but d'éviter la corvée des engrais chimiques, j'ai fait des essais en m'inspirant du mode de vie des orchidées épiphytes sauvages. Celles-ci poussent sur du bois, souvent moussu, et reçoivent les feuilles qui, tombant des frondaisons qui les surplombent, et s'accrochent à leurs racines et aux pseudobulbes, puis se décomposent là. Eventuellement quelques fientes d'oiseaux viennent compléter ce menu. Méfiante face à ces dernières dont on connaît la forte teneur en azote et le danger de brûlure des racines qu'elle comporte, j'ai décidé d'utiliser des végétaux décomposés, et comme j'ai des chevaux le plus simple était pour moi de prendre du fumier de cheval bien composté. Pour reconstituer les éléments auxquels les orchidées sont habituées, j'ai donc mêlé l'organisol (bois), le sphagnum, le fumier de cheval ( !), le charbon de bois de qualité «aquariophile» parce que c'est un véritable HLM pour les «bonnes bactéries», et un peu de poudre de marbre pour rendre le substrat moins acide : c'est important pour certaines espèces comme les Paphiodelium ou les Phragmipedium, à utiliser très modérément pour les autres plantes qui préfèrent un substrat légèrement acide (pH 6,5 à 7). Il faut savoir que lorsqu'un substrat se décompose il s'acidifie, et que plus il est acide, plus il se décompose vite. C'est pourquoi avec des plantes à faible développement, qui n'imposent pas un rempotage fréquent, cela peut finir par poser problème au point d'entraîner la mort de la plante si l'on ne corrige pas cette acidification naturelle en saupoudrant le compost d'une pincée de dolomie chaque année.

Bilan de mon expérience


Les résultats de ces recherches sur le compost ont été concluants très au-delà de mes espérances ! Voici, dans les grandes lignes, les résultats observés selon les familles d'orchidées, de celles qui en ont le plus bénéficié à celles qui n'ont pas réagit du tout (je n'ai pas eu de catégorie réagissant négativement).

Réaction positive


Les Catleya, les Cœlogyne, les Cymbidium et les Dendrobium. Pour toutes ces plantes, j'ai très souvent eu deux fois plus de nouvelles pousses que d'habitude, toutes sont parvenues à maturité et ont fleuri (d'où deux fois plus de fleurs que d'habitude !). Deux Cattleya réfractaires qui avaient fleuri seulement respectivement une fois et trois fois en dix ans, ont parfaitement fleuri cette année et sont en pleine forme. Je récoltais chaque année deux hampes florales par Cymbidium, là quatre. Les Dendrobium ont fait eux aussi au moins deux fois plus de fleurs, mais ce qui m'a fait le plus plaisir ce sont les Cœlogyne : j'adore ces plantes mais j'ai du mal à les garder plus de huit à dix ans, elles dépérissent, chaque année les pseudobulbes sont un peu plus petits. C'est vrai que ce sont des plantes gourmandes... Dès cette année la végétation est redevenue normale et l’une a fleuri pour la première fois, une autre a fait deux hampes (qui s'ouvrent aujourd'hui !) et une troisième a une hampe.

Réaction modérée


Les Oncidium, les Odontoglossum et hybrides intergénétiques en contenant, les Miltonia, les Paphiodelium, les Encyclia, les Vanda et apparentés. Tous ces genres ont réagi de façon positive mais moins homogène que le premier groupe. C'est-à-dire en faisant soit plus de pousses (Miltonia et Oncidium), soit plus de fleurs (Encyclia et hybrides d’ Odontoglossum), soit une végétation plus grande et plus tonique ( Vanda et Paphiodelium) mais pas le tout à la fois.

Absence de réaction


Les Phalaenopsis et mon Zygopetalum n'ont pas du tout réagi, peut-être certains ont-ils même un peu moins fleuri que d'habitude. Ce n'est pas vrai pour les jeunes plantes pas encore en âge de fleurir, qui ont répondu favorablement au changement (croissance nettement améliorée).
Mention spéciale pour les jeunes plantes en général, qui ont toutes eu une croissance exceptionnelle pour chez moi, même les toutes petites.

Conclusion


En conclusion, j'ai très envie d'encourager chacun à chercher la «recette» qui convient le mieux à ses conditions de culture. Si la mienne a eu des résultats étonnamment positifs pour moi, cela ne veut pas dire qu'elle est meilleure que les autres mais qu'elle me convient, elle remédie à mes défauts de cultivatrice. Je ne conseille pas de l'adopter systématiquement, peut-être est-elle trop riche pour ceux qui cultivent en maison et donc avec moins de lumière : la lumière est ce qui permet à la plante d'exploiter la nourriture qu'on lui apporte... Peut-elle est-elle trop rétentrice d'eau pour ceux qui aiment arroser souvent (ou ne peuvent s'en empêcher !) ou asphyxiante pour ceux qui utilisent des cache-pots (qui limitent la circulation d'air dans les pots).
J'en donne néanmoins la «recette» pour ceux qui souhaiteraient l'utiliser ou s'en inspirer :
— 4 mesures d'osmocote, 2 de sphagnum, 1 de compost de fumier de cheval pour les plantes très voraces aux racines peu sensibles à la pourriture et à l'asphyxie, comme les Cymbidium ou les Cœlogyne, ainsi que les Paphiodelium éventuellement.
— 6 mesures d'osmocote, 3 de sphagnum et 1 de compost pour les autres. Plus à chaque fois 2 ou 3 cuillères à soupe de charbon de bois non traité (en aquariophilie) et éventuellement une pincée de dolomie.
Je ne sais pas encore au bout de combien de temps ce substrat devient moins «performant» n'ayant que deux ans de recul ; je vous tiendrai au courant !
Enfin, ce que je pourrais donner comme conseils à ceux qui voudraient mettre au point leur propre recette :
Attention aux matériaux que vous utilisez ; ils ne doivent pas être toxiques ou porteurs de maladies (charbon de bois traité pour la combustion, bois traité, terre de jardin ou compost de plante malade...), ni calcaires (attention aux cailloux du jardin ou aux galets et sables qui peuvent être calcaires ou salés).
Il faut toujours veiller à ce que le pH reste légèrement acide, et le substrat bien aéré (proscrire la terre argileuse en particulier).
Voici une liste d'éléments souvent utilisés : bois, charbon (même pur!), écorces, poterie, sphagnum, cailloux type silex (si possible désinfecté au feu), fanjan, racines d'osmonde (introuvable), polystyrène, mousse polyuréthane ou mousse à piquer les fleurs (attention : très rétentrice d'eau), argile expansé, «graine d'eau» (j'ai essayé, et n'en ai pas été du tout contente !), feuilles ou fumier bien décomposé, tourbe, etc. Si vous essayez autre chose avec succès ou non, n'hésitez pas à nous le dire, surtout si cela ne marche pas d'ailleurs ; ce serait dommage que plusieurs personnes aient les mêmes déboires pour les mêmes raisons ! Ainsi un certain nombre d'adhérents ont remplacé le compost de fumier de cheval «maison» par de l'«or brun» et cela ne convenait pas.
Enfin, si vous élaborez une «recette», n'hésitez pas à nous faire part de vos observations dans ces pages ; nul doute qu'elles seront utiles qu'elles soient, j'insiste, positives ou négatives.
Par Marie Saudrais