Je vous livre le fruit de mes observations et expériences personnelles actuelles sur la question. Ce mode de culture est utilisé par les orchidéistes pour de très nombreuses espèces. Il s'adresse évidemment strictement aux orchidées épiphytes ou lithophytes (sur rochers), mais pas à toutes dans nos conditions de culture habituelle. Certaines espèces exigent ou préfèrent absolument ce procédé, d'autres seront plus belles en pot. Il se rapproche de la nature aux conditions climatiques près. Il nécessite certaines modalités ou aménagements quant à l'arrosage en particulier. En serre, les conditions facilitent grandement cette question et permettent de réussir presque n'importe quoi sur plaque.

Supports utilisables

L'écorce de liège
C'est le plus commun et aussi le plus esthétique. Les espèces botaniques se développent sur l'écorce des branches ou des troncs d'arbres souvent recouverts de mousses diverses, rarement très épaisses. Des morceaux de différente taille peuvent être utilisés et se suspendent avec des crochets en métal (alu, acier recouvert de plastique, cuivre...) non oxydable. La grosseur est adaptée à celle de la plante. On peut aussi installer plusieurs espèces sur de grandes plaques (attention alors à la compatibilité de culture des espèces associées) C'est un support qui sèche très vite quand il est utilisé seul, ce qui convient à certaines variétés. Avantage pour les unes, inconvénient pour d'autre ou pour la culture en appartement dont l'atmosphère est trop sèche.
Un aménagement que j'utilise souvent permet de compenser ce problème : l'installation d'un petit matelas de sphaigne sous et sur les racines. Ce procédé permet de réduire la fréquence des arrosages et de cultiver de très nombreuses plantes sur ce support.
La laine de roche
C'est un matériau moins esthétique encore qu'après 1 ou 2 ans il se couvre de mousse et ne devient pas si laid. Il est plus adapté aux plantes qui nécessitent de l'humidité et pose moins de problèmes d'arrosage que le liège. Toutes les qualités de laine de roche ne conviennent pas ; en particulier celles qui sont hydrofuges. En début d'utilisation elles le sont un peu, mais avec le temps et des arrosages complets elles deviennent très hydrophiles, quasiment des éponges séchant plus ou moins lentement en fonction de l'hygrométrie ambiante.
Les plaques de sphaigne
La sphaigne est plus ou moins compactée à l'intérieur de grillage à fine maille. Ce système est très utilisé par certains orchidéistes (Wubben) avec des succès moyens à mon avis. Jel'ai peu employé. Il a des qualités, me semble-t-il, intermédiaires entre les précédents. Il n'a pas leurs avantages respectifs, est un peu pénible à fabriquer, n'a pas une durée de vie aussi longue et n'est pas esthétiquement très joli.
Les plaques de fougères arborescentes ou fanjan
De l'avis de ceux qui ont eu la chance de l'utiliser, c'est le support presque idéal. Esthétiquement assez élégant, il est d'une perméabilité absolue pour les racines qui peuvent s'accrocher très facilement. Il est beaucoup plus poreux que la laine de roche et s'humidifie très facilement. Il retient assez bien l'eau. Il est imputrescible. Plusieurs inconvénients pourtant : il n'est pas très facile à trouver, n'existe pas en grandes plaques et est vendu relativement cher. Sur un plan écologique, c'est très mal d'en acheter car cela oblige à trucider les fougères parce que l'on n'emploie que le bas de la plante et la racine.

Arrosage des plaques

C'est toujours le chapitre essentiel de la culture des orchidées. Il répond à certains grands principes valables aussi pour l'utilisation des substrats traditionnels.
L'époque de l’année
En règle générale : baisse des arrosages en hiver, reprise douce au printemps, arrosages fréquents en été quand la plante est en pleine végétation.
L'état de la végétation
II coïncide avec des décalages plus ou moins importants suivant l'époque de l'année. Une plante en repos, même sur liège, ne nécessite que des arrosages espacés voir pour certaines suspensions de plusieurs semaines (ou mois). Une plante en pleine végétation doit être arrosée fréquemment et ne risque, surtout sur plaque, quasiment jamais l'excès d'eau, d'autant que l'on voit très clairement l'état des racines.
Les conditions de cultures propres à chaque orchidophile
L'hygrométrie de vos appartements, véranda, serre...
Les habitudes d'arrosage propre à chacun. Tout le monde à ses petites manies et il vaut mieux les connaître et en tenir compte. Le souci habituel des amateurs de plantes sur plaques est de ne pas arriver à les faire pousser efficacement, voir de les perdre assez vite. Il s'agit presque toujours dans ce cas de dessiccation. Il n'y a presque jamais d'excès d'arrosage sur plaque encore faut-il s'entendre sur ce qu'arroser veut dire pour une plante sur plaque.

Comment arroser

Je recommande vivement le trempage. Trempage (sauf exception) total de la plaque et de la plante. Le mieux est d'avoir une poubelle ou un seau rempli d'eau de pluie. Vous accrochez votre plaque à un poids muni d'un crochet et d'un fil que vous laissez descendre au fond du récipient. Vous l'y laissez tremper jusqu'à 2h suivant l'intensité d'arrosage recherché (elles ont parfois passé une demi-journée sans dommage). Eviter la journée entière à moins d'un oubli !
Même l'hivers j'arrose copieusement mes plaques.
J'insiste sur le trempage, car la simple pulvérisation est en général très insuffisante. Elle n'arrose pas vraiment, humidifiant trop superficiellement la plante qui n'a pas le temps d'absorber l'eau dont elle a besoin. La pulvérisation seule est la cause de la plupart des pertes d'orchidées montées sur plaques. Elle est utilisable l'hivers quand la plante est au repos, entre 2 trempages, et l'été par grosse chaleur, mais en plus du trempage qui est beaucoup plus efficace et correspond bien mieux aux conditions de cultures naturelles (averses diluviennes, séchage plus ou moins rapide, averses, etc.).

Les différents types de support

Écorce seule
Ne retenant absolument pas l'eau, elle nécessite des arrosages plus fréquents que d'autres supports plus hydrophiles, la fréquence dépendant ensuite des grands principes précédents et de la variété cultivée.
Écorce plus matelas de sphaigne
Elle permet une meilleure rétention de l'eau qui peut durer une journée, rarement plus, surtout l'été. En installant de tels matelas sur des plantes achetées, déjà montées sur plaque, j'ai eu une croissance extraordinairement meilleure alors que jusque là elles poussottaient mollement voir crevotaient.
Racine de fougère
Retient assez bien l'eau, 2 à 3 jours sont nécessaires pour qu'elles sèchent.
Plaque de sphaigne dans grillage
La sphaigne garde bien l'eau, mais la faible épaisseur de ces plaques les font sécher en 3 à 4 jours maximum suivant l'hygrométrie ambiante. On évalue facilement le degré de séchage au poids. Soupesez avant et après arrosage, vous sentirez clairement la différence. Elle s'hydrate très facilement.
Plaques de laine de roche
Après quelques trempages réguliers, elles sont de véritables éponges et peuvent conserver de l'humidité pendant une semaine voir plus l'hiver. Il est impératif de bien les laisser tremper jusqu'à ce qu'il ne sorte plus de bulles. Alors elles pèsent assez, voir très lourd et nécessitent des crochets efficaces. La meilleure technique que j'ai trouvée pour éviter qu'elles ne se déchirent consiste à insérer dans l'épaisseur du haut de votre plaque une tige de métal (alu, par exemple les portes manteaux des vêtements sortant du teinturier sont extra). Passez un crochet autour de cette tige ce qui permet de suspendre l'ensemble.
Ces plaques sont très adaptées à toutes les orchidées qui aiment bien l'eau ou qui se promènent beaucoup ou rament à la surface des pots en particuliers les bulbophilum. L'évaluation du degré d'humidité se voit( état de la mousse)mais surtout (comme pour les plaques de sphaigne) je soupèse.

Installation des plantes

Pour les plantes déjà sur plaque, sauf exception, je recommande de mettre un petit matelas de sphaigne sur les racines. L'épaisseur du matelas dépendra des besoins spécifiques à une plante donnée et ses conditions de culture.
Pour des plantes que vous souhaitez installer (de préférence des nouvelles ou au début de la période de végétation, lorsqu'on voit apparaître le bourgeon qui va se développer) prendre le support adapté aux besoins en eau. Choisir une plante pas trop grosse avec un bon système racinaire. Retirer les racines mortes. Mettre un matelas de sphaigne sous les racines. Attacher pour faire tenir avec du raphia. Suivant si la plante a besoin d'une humidité importante ou non, rajouter un fin matelas de sphaigne sur les racines en laissant dégagé le collet. Attacher efficacement pour maintenir le matelas et la plante avec un lien imputrescible. Faites tremper l'ensemble un quart d'heure éventuellement avec un désinfectant si beaucoup de racines ont été coupées(aliette) Laissez sécher jusqu'à ce que la sphaigne soit légèrement humide. Recouvrir d'un plastique voir enfermer dans un sac plastique pendant 15 jours ou plus et surveiller attentivement pour prévenir tout risque de pourriture. Ré humidifier si besoin pendant ce temps de reprise. Les racines doivent se développer ou de nouvelles apparaître.

Plantes recommandées

LaeliinaeLa culture sur plaque de liège correspond particulièrement à leur mode de culture aux alternances rapides de périodes humides et sèches.
BrassovolaToutes se plaisent bien sur plaque, peut-être même mieux qu'en pot. Un fin matelas sous les racines est suffisant et surtout utile à l'installation.
Laelia, Cattleya, Sophronotis, SchomburgkiaElles se développent bien sur plaque, particulièrement adaptés aux botaniques. Elles ne détestent pas un peu plus d'humidité que les Brassavola (plus de sphaigne)
Oncinidae :0ncidium equitant se cultive presque exclusivement sur plaque avec quelques brins de sphaigne pour la reprise. Après arrosage il doit sécher très rapidement. Dans la nature il vit accroché à de petites branches sèches sans le moindre substrat. La plupart des Oncidium se plaisent sur plaque à condition d'être fréquemment arrosés avec séchage rapide en suite. La culture sur plaque est mieux adaptée à leur développement rampant, la culture en pot imposant des rempotages fréquents. Certains se passent de sphaigne et se plaisent particulièrement sur plaque de liège
Bulbophyllum :Ils ont deux caractéristiques très fréquentes. Ils ont un port traçant, se développent à la surface des supports avec des inter nœuds parfois très longs. Ils ont donc vite fait de sortir des pots ou on essaye désespérément de les confiner, entraînant vite les nouvelles pousses dans le vide. Le développement sur plaque est donc particulièrement adapté et leur permet une pousse très naturelle. Ils ont besoin d'une humidité quasi permanente donc la laine de roche est de ce point de vue idéale. Le fanjan est sûrement excellent aussi.
Phalaenopsis :Contrairement à ce qui se dit, un certain nombre de Phalaenopsis sont plus faciles à cultiver sur plaque qu'en pot, en partie des botaniques dont les racines ont des meurs particulièrement rampantes et adhérentes, se développant de manière plutôt horizontale que verticale. C'est le cas des Phalaenopsis à feuilles tessellées, mais aussi les Phalaenopsis equestris, amabilis, lofai, cornu-cervi.
Vanda, Ascocenda :Elles peuvent se cultiver sur plaque à condition de beaucoup les arroser. Leur pousse monopo-diale ne se prête guère à un développement harmonieux. Dans l'ensemble la culture en panier est plus adaptée.
Maxillaria, pleurothallis Parmi eux beaucoup d'espèces ont une croissance rampante avec des inter noeuds importants et exigent beaucoup d'eau. L'emploie de laine de roche à donné souvent de bons résultats.
Dendrobium :Ils se plaisent bien sur plaque ou les racines ne risquent jamais de pourrir. Suivant les exigences culturelles (très variées selon les espèces) on préférera le liège, la laine de roche ou le fanjan.
Tillandsia :(broméliacées) Une grande plaque de liège couverte de tillandsia variés est très réussie. Ils ne nécessitent aucun apport de sphaigne. Leurs mini racines vont finir par se fixer sur le support. On les maintient au départ avec un point de colle. Le trempage est inutile et la pulvérisation une fois par jour suffit. On peut aussi en glisser au milieu des plaques d'orchidées.
Voici maintenant une illustration d'une culture sur plaque bien réussie . Ce sont trois Oncidium Twinckle Red , Orange et Fragrans Fantasy . Sur la première photo prise le jour de l'implantation , on voit bien que les racines ne sont pas encore fixées sur le support . Sur la seconde , la même plaque est photographiée un an plus tard avec les trois plantes en fleur!
jeuneun an apres
Exposé réalisé par Albéric Cousin
Voici maintenant quelques extraits du Forum relatifs à ce sujet :

1 : Le mardi 30 novembre 2010, 11:34 par caroline
je viens de trouver une ecorse dans la forêt (tres grande) pour faire une culture sur plaque. comment nettoyer cette ecorse j'ai lu qu'il fallait la mouiller et la mettre au micro-ondes, mais elle est tres grande!! il y a t-il des produits merci pour vos reponses!!! carol

2 : Le mardi 30 novembre 2010, 21:00 par Cyrille
Bonjour Caroline,
Tout d'abord : c'est une écorce de quelle essence ? Car beaucoup ne conviennent pas et pour des raisons différentes. Celles qui sont trop minces, ou trop putrescibles risquent de ne pas se tenir dans le temps et donc de se désagréger rapidement (bouleau, par ex). D'autres peuvent émettre des tanins et cela n'est pas profitable pour la culture des orchidées. Le mieux reste le chêne-liége, ou l'écorce d'accacia.
Ceci étant dit, pour se débarrasser des parasites, champignons et autres vermines contenus dans ce support il convient (dans le cas d'une grosse écorce) de la faire bouillir dans un récipient à sa taille : style stérilisateur à conserves par exemple. J'avoue que ce n'est pas aisé, mais des micro-ondes de 2 métres de diamétre je n'en connais pas ou alors trés onéreux, lol!
Bon montage sur écorce , et sinon : quelle(s) orchidées allez vous installer dessus ?? Cyrille

3 : Le mercredi 1 décembre 2010, 06:00 par Philippe
Bonjour Caroline , j'ai personnellement monté sur une branche bien moussue plusieurs plantes pour faire un premier essai . J'ai voulu garder la mousse car c'était trop beau , et je n'ai absolument pas désinfecté . Et pour l'instant , tout se passe à merveille , les plantes s'installent sans problème (cela va faire un an que je les ai installées) et j'attends mes premières floraisons . Je pense qu'il faut savoir rester naturel et se simplifier la vie . Dans la nature , les orchidées côtoyent champignons , parasites ,... et vivent très bien . Bonne chance . Philippe
4 : Le mercredi 20 septembre 2012 par Philippe
Je remts en forme aujourd'hui cette partie du site , et je voudrais préciser que ma branche moussue se porte très bien , et les orchidées aussi bien sur . Philippe